Tarapoto-Yurimaguas, deux français jusqu’au bout de la route

Samedi 11 mars : Après deux jours d’échauffement, le gros morceau commence : 5 jours dans la réserve Pacaya Samiria. Pour ça, il faut déjà rejoindre Yurimaguas où la route se termine au bord du Rio Huallagua.

Au petit déj, je suis déjà dans les starting blocks, prêt à filer. Mais la première leçon apprise il y a 7 mois à Irkoutsk se rappelle à moi : quand il y a un programme, il y a un imprévu. Cet imprévu c’est Martin, qui est particulièrement motivé pour aller barouder 5 jours en Amazonie, mais à partir que le lendemain. Je n’hésite pas longtemps, toujours prêt à partager les piqures de moustiques.

Le lendemain donc. C’est parti pour le grand périple avant l’expédition elle-même. Il s’agit de rejoindre Yurimaguas où se trouvent les bureaux de l’agence qu’on a repéré. Pour ça la taulière de l’hôtel nous appelle un taxi en cochant bien la case « collectivo » puisqu’on a plus de temps que d’argent. Le taxi rempli en 2h, il file pour 3 heures jusqu’au bout de la route. La radio locale égrène des sons divers et variés (dont l’Aventurier d’Indochine) alors que la voiture serpente au cœur de la Cordilera Escalera au mépris de toute prudence. Cette route ne finit de serpenter que pour déboucher sur la plaine. Celle-ci n’est pour l’instant pas très amazonienne, le paysage étant surtout dominé par des plantations de bananiers et de papayer.

A Yurimaguas, la première étape est de trouver un guide pour l’expédition qui s’annonce. Coup de bol, les bureaux de l’agence Huayruro sont voisins d’un hôtel qui propose une chambre pour pas cher aux clients de cette dernière. Une fois le prix négocié à l’agence, on se pose mais le bon plan est plutôt crado. Yurimaguas n’a rien de spécial mais on en fait malgré tout le tour, déjà pour trouver une chemise à manches longues ou deux pour le collègue (qui la prend rose !). On fini cette journée en mangeant un poulet et en buvant un coup sur les bords du Rio Huallagua.

Yurimaguas

A fond sur le Rio Huallaga, un peu plus loin en Amazonie

Le lendemain, réveil de bonne heure pour attraper le bateau vers Lagunas. L’agence nous a pris les billets et nous amène à l’embarcadère mais une fois là-bas, c’est la curée. Une quinzaine de rabatteurs nous saute dessus. Il cherchent tous à vendre des billets ou prendre nos sacs, ou la désagréable impression d’être pris un sac de dollars sur pattes. Le bateau est plein, mais avec une place en fenêtre à prendre le vent et des photos, je suis bien.

Rio Huallaga

Celui-ci est le bateau rapide et s’il trace, on en a quand même pour 6 heures. Sur la rivière, je guette tous les oiseaux qui passent. Malgré la vitesse, je parviens à observer, entre autres, Héron strié, Sternes à gros bec et Martins pêcheurs à ventre roux. A bon port, on est attendus et conduits vers un petit hôtel plus clean où l’on laissera la moitié de nos affaires pour les 5 jours à venir.

Lagunas est isolé et accessible uniquement par le fleuve, mais ça ne l’empêche pas d’être vivant. Si on croise une poignée de touristes comme nous, ça reste très tranquille et le côté « dollar sur pattes » est absent. L’économie locale ne semble pas tourner uniquement sur la réserve Pacaya Samiria, . Après 4 jours aux portes de l’Amazonie et deux jours de transports divers et variés, on entre demain dans le vif du sujet, fini le confort de Tarapoto, ce sont des journées en pirogue et des nuits sous moustiquaire qui nous attendent.

Jour 1 – Départ

Campephilus, melanoleucos, OiseauPremière journée mitigée, la matinée traine entre le petit déj à l’agence, le chargement du matériel et le transport jusqu’à l’entrée. Avec le temps de charge de la pirogue, on aura glissé seulement deux petites heures jusqu’à l’almuzerzo. Deux petites heures qui permettent pourtant d’établir un premier contact avec le milieu environnant avec déjà une dizaine d’espèces d’oiseaux (dont les premiers Aras bleus), 3 de reptiles, plus quelques singes, hurleurs ou non._

Pour Martin, amateur de chasse sous-marine et de pêche, c’est aussi la première tentative pour attraper le casse-croute, sans grand succès, mais le repas était déjà prévu, heureusement…

Si la matinée a été brève, l’après-midi l’est encore plus grâce à la pluie qui débute en fin de repas et nous oblige à ramer activement sous les ponchos de compétition. La soirée aura eu le mérite d’être plus animée avec les 6 autres français présents et un couple néerlando/turque rencontré à Lagunas, il ne manque qu’une bonne bouteille de rhum. Les lits sont confortables, l’ambiance sonore berce et c’est une bonne nuit de sommeil qui s’annonce.

Jour 2 – Le gavage commence

Pas de pluie aujourd’hui, mon appareil photo rayonne et la vitesse d’obturation remonte en flèche. Les animaux sont aussi bien plus actifs et les obs s’enchainent avec Dauphin rose, Loutre géante, Araçari à oreillons roux, une colonie de Héron agami, Pic jaune et Aras bleus entre autres Tamanoir, Singes et multiples insectes tous aussi colorés les uns que les autres. Aujourd’hui on fait le plein d’obs, de photos, de découvertes.

Dauphin rose Héron agami Pic jaune Tamanoir

On est vraiment rentrés en Amazonie, celle qui est inondée, humide, dense, verte. La saison humide a effacé toute trace de terre et on navigue encore toute la journée.

L’ambiance nocturne est toujours aussi bruyante entre grenouilles et insectes par centaines. Le logement est sommaire, avec repas à la bougie et la rivière pour salle de bains (ça tombe bien, l’eau est bonne), en guise de couchage on nous propose un matelas simple plus une moustiquaire mais je préfère mon hamac.

InondationNuits 2 et 3

 

 

 

Jour 3 – On touche terre

Journée terrestre, on rayonne autour de notre logement qui reste le même ce soir. C’est l’occasion de découvrir la selva d’un autre point de vue. En marchant dans la jungle, on se rend bien plus compte de la densité du milieu. Se retrouver au pied de ces arbres démesurés et sans vraiment savoir où l’on va et avec un champ de vision limité à 15 mètres à quelque chose d’oppressant et d’inquiétant. La jungle n’est pas une forêt comme les autres et on ne rigole pas avec, la palme revenant ex-æquo au moment où un jeune croco (1m) file sous le pied de Martin sur le point de marcher dessus et celui où notre guide ne sait plus trop où l’on va, avec petite pointe de stress quand on tourne depuis 1h…Arbre selva

croco

Le soir, je tanne notre guide pour faire une mission amphibiens de nuit. Si je trouvai que la selva avait quelque chose d’oppressant de jour, de nuit c’est puissance 10. Ça commence avec les nuées d’insectes qui viennent en nuage devant la lampe frontale, m’obligeant à la prendre à la main pour ne pas en prendre plein les yeux (et le nez, et la bouche). Mais la jungle est plus bruyante de nuit et les tarentules et autre crocos sont plus actifs, le danger est réel. Malgré tout, je m’éclate et si les grenouilles observées ne sont pas colorées, c’est une véritable expérience, bien qu’un peu refroidie quand le guide éclate une tarentule à la machette en disant « trop dangereux ».

Jour 4 – On entame la remontée.

Bonne lumière ce matin, la remontée à contre-courant commence bien avec deux Araçaris à oreillons roux dès le démarrage. Cette journée est marquée par nombre de découvertes ornitho avec Pic de Cayenne, Trogon couroucou, Potoo, Hoazin, plus quelques Iguanes qui font la sieste et une Grenouille qui se prend pour une feuille.

Trogon couroucou Potoo Pic de Cayenne Araçari à oreillons roux

On profite bien de cette journée gavage ensoleillée, parce que la suite est moins marrante.

Jour 5 – Retour la queue entre les jambes et sous le poncho.

Si le premier jour avait été rapide, celui est fulgurant. La pluie battante tombe dès le réveil et n’a pas vraiment l’air de vouloir nous laisser une fenêtre, pas le choix il faut y aller. Notre guide et notre cuisinière rament comme des malades et on les aide à tour de rôle, avec une pause régulière pour écoper un peu. A ce rythme, on ne met pas longtemps pour arriver au village départ laissé 4 jours plus tôt et le temps de décharger la pirogue, la pluie se calme, encore un timing à pisser de rire…

Le temps de repasser au bureau de l’agence et de nous droper à l’hôtel, et l’aventure est finie. On retrouve un soupçon de confort, mais pour la douche chaude, il faudra attendre Tarapoto.

Retour à la case départ

Départ en bateau à 5h30, c’est tôt pour des baroudeurs qui sortent de 5 jours de jungle. Malgré tout, Lagunas ne dort pas et à l’embarcadère il y a déjà une activité fiévreuse entre chargement/déchargement de bananes et autre nourriture ou matériel.

Martin est éclaté et pionce. Même si je suis tenté de le suivre, je ne perds pas une miette de cette agitation matinale, ni des 6 heures de remontée du Rio qui suivent, il ne faudrait pas louper un oiseau. Par contre pour ce qui est des 3 heures de route pour rallier Tarapoto, je m’écroule à l’arrière du taxi. Autour de 16h30, on retrouve enfin El Mirador et je retrouve la chambre 11 et son balcon.

Bateau retour Lagunas Bateau retour Lagunas-2

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