Changement d’ambiance

En quittant Pajaros, je repars avec des images de mangrove plein la tête et un coup de cœur pour ce petit village de pêcheurs où l’expression « pura vida » aura pris tout son sens. Mais il faut avancer et un nouvel échouage à Puntarenas est nécessaire pour attraper le bus de Monteverde. Patient, il faudra 4h d’attente en partageant un ananas avec une canadienne et une française.

Pendant le trajet, je continue de dévorer le paysage. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la mer, le climat change, plus humide, plus brumeux, et avec lui la végétation. On délaisse l’atmosphère un peu sèche du nord-ouest pour grimper à moyenne altitude dans la Cordillera Tilaran, où les nuages venus du Pacifique butent sur le relief pour donner naissance aux forêts du même nom.

Petite mise au point : Au lieu de Monteverde, il faudrait parler de Santa-Elena. Monteverde est le nom de la localité plus large mais surtout de la réserve naturelle la plus populaire du secteur.

Côté fréquentation, le contraste avec Pajaros est on ne peut plus fort. Le village est très dense et composé à 80% d’ho(s)tels, restos, tours organisés… Autant Pajaros respirait le Pura vida, autant Monteverde transpire les horaires, les activités cadrées, l’organisation précise, mais c’est aussi un paradis incontournable pour l’ornitho.

A la recherche du Quetzal (mais pas que)

Si le coin offre pléthore d’activité depuis la tyrolienne jusqu’au rafting, je n’ai qu’un seul objectif ici : chercher des oiseaux

Le secteur est particulièrement intéressant pour observer les espèces affiliées aux forêts de nuages. Monteverde est un spot de choix pour observer ces espèces présentes uniquement présentes au delà des 1500m, autant pour l’accessibilité que pour la qualité des milieux, très protégés ici.

Parmi ces spécialistes, il y a bien sûr le Quetzal. Cet oiseau est tellement mythique en Amérique centrale (oiseau national du Nicaragua, superstar pour tous les ornithos qui mettent les pieds au Costa-Rica) que l’éventualité de l’observer me parait tellement énorme.

Malgré la forte fréquentation touristique, pour éviter l’affluence mon choix se porte sur deux réserves secondaires : Santa-Elena et Curi-Cancha, avec lever aux aurores !

Retour à Jurassic Park

L’ambiance des lieux est à la hauteur de l’attente : brumeuse. L’évolution au milieu de cette forêt naturelle à quelques chose d’intimidant, voire d’étouffant tellement la végétation est développée. Les arbres sont de tous âges, de toutes tailles et il n’y a pas un espace de libre au sol et le bois mort est omniprésent, bien loin de forêts européennes. Le côté bordélique (en apparence) du lieu témoigne de la place laissée à la nature pour librement s’exprimer.

La forêt de nuages a quelques chose de préhistorique. Ici la nature est maitresse des lieux et on s’attendrait presque à tomber sur un vélociraptor prêt à nous bouffer, nous autre les petits humains.

En fait de dinosaures, c’est leurs descendants qui sont omniprésents, avec l’heure matinale, les cris et chants résonnent par dizaines. Par contre, les chanteurs demeurent invisibles pour la plupart.

forêts de nuages Monteverde
Forêt de nuage – Réserve Santa Elena

Au menu aujourd’hui

Autant le dire tout de suite, le Quetzal reste invisible. Malgré un cri approchant, pas l’ombre d’une plume, pas de bol. C’est aussi que j’ai fait le choix de ne pas prendre de guide pour économiser un peu, erreur.

Oiseau, Procnias, tricarunculatus-6
Bellbird

D’autres spécialités locales sont malgré tout au rendez-vous, à commencer par le Bellbird (ou Araponga tricaronculé en français). Cet oiseau est un peu dans l’ombre du Quetzal mais tout aussi  remarquable, et même plus menacé sur la Liste Rouge de l’UICN. D’abord entendu, il aura fallu que je fouille un moment dans les frondaisons pour tomber sur un chanteur pourtant bien en évidence. Pendant 10 minutes, je me régale de le voir et l’entendre. Le bougre a l’air de se déboiter le bec à chaque cri, un bec décoré de 3 caroncules, sortes d’excroissance telles des moustaches. Si le cri n’a rien de très mélodieux, sa sonorité métallique et sa répétition par d’autres congénères, le tout couplé à l’atmosphère brumeuse, pose l’ambiance.

Après cette rencontre dingue le gavage continue avec (entre autres) Trogon à ventre orange, Colibri à gorge pourprée, Solitaire masqué, Paruline ardoisée… Je tombe même sur un couple d’Organistes à sourcil jaune qui m’auront scotché par par leurs couleurs tout en jaune et vert.

aurantiiventris, Oiseau, Trogon-4
Trogon à ventre orange
miniatus, Myioborus, Oiseau-2
Paruline ardoisée
callophrys, Chlorophonia, Oiseau-2
Organiste à sourcils jaunes
melanops, Myadestes, Oiseau-3
Solitaire masqué

A Monteverde les services d’un guide se révèlent indispensables pour pleinement profiter de la faune. Ils ont dans l’oreille les chants et cris des espèces présentes mais surtout, ils possèdent une vue perçante à filer des complexes à n’importe quel naturaliste européen.

Mais le temps file. Déjà deux deux jours à Monteverde, deux jours de lever à 5h du matin et de prospections actives. Et ce n’est pas fini : la suite, c’est Tortugero, un nouveau périple en perspective.

En pratique

  • Pour le dodo :

Sloth backpacker : 12$/nuit en dortoir de 8. Cette hostel n’était pas mon premier choix. Elle est néanmoins confortable même si l’amabilité du staff était variable.

  • Pour le manger :

Tico y Rico : Ce restaurant est un peu plus cher que la moyenne mais c’est un excellent restaurant tico. On y mange bien tant en qualité qu’en quantité. Un adresse parfaite pour se faire plaisir !

  • Pour voir des forêts de nuages :

Reserve Santa Elena : 15$ pour l’entrée de base sans guide. La visite guidée est à 29$.

Réserve Curi-cancha : 15$ également. Les prix avec un guide dépendent du type de tour. Le tour de base de jour est à 35$ (pour 3h), celui de nuit à 18$  (2h) et le tour pour ornithologues monomaniaques est à 75$ (mais là on parle de 4,5 d’ornitho intensif). Si comme moi, vous choisissez l’option sans guide, en fonction du temps que vous prévoyez, on vous proposera une combinaison d’itinéraires à l’accueil pour optimiser le temps passé dans la réserve.

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